Le mouvement étudiant au Mexique : l’émancipation féminine en marche



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Le mouvement étudiant au Mexique :

l’émancipation féminine en marche
"El movimiento del 68 fue una oportunidad para las mujeres (...)

para dar un gran paso a la igualdad"1

Au Mexique, l’année 1968 se résume à un seul événement : le massacre du 2 octobre, dont les responsables ont dû répondre de leurs actes, parfois 15 ans après, comme l’ancien président Luis Echeverría, à l’époque Ministre de l’Intérieur, aujourd’hui en résidence surveillée2. La presse commémore chaque année ce douloureux événement, comme le quotidien d’opposition, La Jornada, en publiant photos et articles jusqu’à cette année où s’est ouvert un Mémorial en hommage aux étudiants, au Centre culturel universitaire Tlatelolco (CCUT)3, que la romancière Elena Poniatowska a inauguré le 22 octobre 20074.

Je ne reviendrai pas sur ces événements, amplement décrits et analysés dans différents ouvrages, livres, films et documentaires5 mais sur la période qui les a précédés, une période jubilatoire, « la época de oro », pour les étudiants et les étudiantes, entre août et septembre :


 “!Nunca se habían visto en México manifestaciones espontáneas de esta envergadura! ¡La época de oro, la más hermosa del Movimiento Estudiantil se dio entre agosto y septiembre!” (Poniatowska, 1971)
Les étudiants s’en prennent au pouvoir, confisqué par le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), qui a émané de la Révolution du début du XXe siècle (1910-1920) et qui gouverne alors depuis plus de 30 ans. Ce parti, surnommé la momiza6, de par sa longévité, organise, tous les six ans, pour se maintenir au pouvoir, une farce électorale, selon un rituel bien rôdé, autour de différentes étapes : ne pouvant être réélu, le président sortant désigne son successeur, le tapado, dont le nom est ensuite révélé, le dedazo, pour être ensuite élu au suffrage universel, et ainsi de suite tous les six ans, « le nouveau César » perpétuait ainsi le système ad infinitum (Fuentes, 1992 : 480). La relève n’a eu lieu qu’en l’an 2000, avec l’élection de Vicente Fox, candidat de la droite, du PAN (Partido de Acción Nacional), qui mit en déroute le PRI.

Dans ce mouvement contestataire, éminemment politique, au sein d’une société qui n’a pas vraiment changé depuis la Révolution de 1910 au vu des injustices et des inégalités criantes, comme le décrit ce professeur de mathématiques, émergent de nouveaux acteurs sociaux, les étudiants.


“Mire: más de un millón de personas que sólo hablan dialectos indígenas; alrededor de 2 millones de campesinos sin tierra; más de 3 millones de niños de 6 a 14 años que no reciben ninguna educación; 4.6 millones de trabajadores que, entre 1848 y 1967, pretendieron internarse ilegalmente en los Estados Unidos; cerca de 5 millones de mexicanos que andan descalzos y aproximadamente 12.7 millones que en general no usan zapatos; más de 5 millones de familias cuyo ingreso mensual es inferior a mil pesos; alrededor de 4.3 millones de viviendas y 24 millones de personas que en ellas viven, que carecen del servicio de agua; más de 8 millones que no comen carne, pescado, leche o huevos; (...) cerca de 11 millones de analfabetos. ¿Para qué más datos? Estos bastan para darnos cuenta de qué pobre somos y cómo se necesita luchar. (Ernesto Olvera, profesor de Matemáticas de la Preparatoria 1 de la UNAM)” (Poniatowska, 1971: 136)
Si, dans ses attentes immédiates, ce mouvement a échoué sur le plan politique, sur le plan culturel et social il en est autrement. La participation des étudiantes dans cette perspective vaut d’être examinée, en quels termes ? Comment et pourquoi écrire l’histoire du mouvement étudiant à travers la participation des femmes, c’est-à-dire dans une perspective de genre ? Quel en est l’intérêt ?

Tout d’abord, il existe encore peu d’études à ce jour, que ce soit au Mexique ou ailleurs. Dans l’introduction du livre Filles de Mai 68 mon MAI à moi, Michelle Perrot observe que « la dimension du genre a été peu abordée » (VVAA, 2004 : 7). Pour le Mexique, citons les travaux de Gloria A.Tirado Villega, “Otra mirada al 68: mujeres universitarias en Puebla » (2003) sur le mouvement à Puebla, et aussi ceux de Deborah Cohen et Lessie Jo Frazier, sur le mouvement dans la capitale, entre autres l’article intitulé « ‘No sólo cocinábamos...’ Historia inédita de la otra mitad del 68 », publié dans un ouvrage collectif, La transición interrumpida México 1968-1988 (1993).

Les protagonistes mexicaines elles-mêmes regrettent cette absence de mémoire au féminin. Parler du mouvement étudiant s’est fait surtout au masculin comme le soulignait la dirigeante Ana Ignacia Rodríguez, La Nacha, lors d’un entretien accordé au quotidien La Jornada, le 22 juillet 20027:
"…la discriminación de la mujer en el 68, ¡en serio!, es enorme. Nuestra participación fue determinante… A pesar de todo, por el movimiento sólo hablan los compañeros…"
Contrairement à leurs camarades masculins, elles n’ont pas écrit de livres : le titre annoncé par Nacha, Cárcel dentro de la cárcel n’a pu être localisé. Pourtant les étudiantes participent au mouvement à tous les niveaux, à une époque où la population étudiante a augmenté, l’accès aux études secondaires et universitaires s’étant accéléré. La population mexicaine a triplé en 20 ans (23 millions en 1948, 60 en 1968). L’accès à l’enseignement supérieur s’est accru grâce à une politique favorable à l’éducation, ceci depuis la Révolution mais le budget n’a pas toujours été à la hauteur, il a même diminué pour l’enseignement supérieur, de 3,5% en 1966 et de 8,5% en 1967 (Ramírez, 1969) : c’est bien là où le bât blesse, les infrastructures sont cruellement insuffisantes pour accueillir les contingents d’étudiants.

Ce mouvement étudiant, démocratique et populaire, remet en cause l’autoritarisme et le paternalisme du gouvernement. Cette remise en question de l’autorité se traduira à l’échelle de la famille, des relations de couple et entre les sexes : c’est l’autorité du père, du compagnon ou du mari, qui sera mise à mal, et ceci dans une société très machiste et cloisonnée, fortement marquée par l’appartenance sociale et la forte influence de l'Eglise catholique.

Dans le mouvement étudiant, comme dans tout mouvement contestataire, révolutionnaire ou libertaire, qu’il soit politique, social ou ethnique, se pose cette question de la situation des femmes, à un moment ou à un autre. En France, à l’époque de la Révolution, Olympe de Goujes (1748-1793) réclame des droits pour les femmes, dans sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, de 1791 qu’elle dédie à la reine, ce qui lui vaut la guillotine. Elle revendiquait la citoyenneté pour les femmes dans une phrase désormais célèbre : "La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune". Plus proche de nous, aux Etats-Unis la féministe Robin Morgan critiquait la gauche hippie des années 70, libertaire mais très sexiste. Au Mexique, plus récemment dans le soulèvement zapatiste (1994), les femmes se sont dressé contre la tradition dans La Ley Revolucionaria de las Mujeres8.

Surgit donc un groupe, une catégorie nouvelle, les femmes : la participation féminine au mouvement se mesure à travers leurs activités, leur visibilité. Comment et dans quelle mesure des expériences individuelles peuvent prendre une dimension collective, modifier des mentalités, des façons d’être et de penser ? D’abord cette visibilité brise une répartition des espaces historiquement attribués aux hommes et aux femmes : aux premiers, l’espace public, la chose politique, aux secondes, l’espace privé, deux sphères avec leurs normes et leurs règles propres, dont les frontières se craquèlent avec la participation des femmes au mouvement étudiant. Ces dernières envahissent l’espace public et deviennent des acteurs sociaux et politiques. De cette expérience naît une conscience sociale et politique qui nourrira par la suite les premiers groupes de réflexion autour du féminisme qui se constituent dans les années 70.

Pour mesurer cette participation, l’histoire orale est un outil qui se compose ici des entretiens avec les participantes, recueillis par Elena Poniatowska dans son livre La Noche de Tlatelolco écrit en 1969 et publié en 1971. Les conditions de réalisation du livre furent difficiles, dans un contexte de censure: dans un entretien publié dans le quotidien La Jornada, le 27 août 1991, l’auteure raconte dans quelles conditions elle a écrit ce livre de témoignages : elle mémorisait les entretiens qu’elle avait lors de ses visites à la prison de Lecumberri.
P."¿Cuál fue el proceso de escritura de La Noche...?"

E.P. "Todo fue ir haciendo entrevistas y de ir a la cárcel [...] El que me ayudó mucho fue Raúl Alvarez Garín: reunía en su celda a todos los líderes para que platicáramos y yo iba sin nada [...] Prácticamente memorizaba todas la conversaciones". (Vega, 1991)


Elle a donc réuni les témoignages à partir de novembre 1968 et au cours de l’année 1969, durant laquelle elle a interviewé des mères de famille. Journaliste, elle avait proposé une série d’articles au grand quotidien Novedades, où elle écrivait déjà, mais le journal a refusé de les publier. L’édition du livre fut ensuite une véritable prouesse, en 1971 chez ERA. Comme elle le raconte : le directeur, émigré espagnol, malgré les menaces de bombes, publie le livre au début de l’année 1971.

 

"Fueron muy valientes en la Editorial ERA, entonces dirigida por don Tomás, quien por haber estado en la Guerra civil española no se dejó impresionar por la amenaza de que iban a poner una bomba en la editorial. Corrieron el riesgo y el libro salió los primeros meses de 1971".  (Vega, 1991)


Depuis 1971, le livre a connu des dizaines d’éditions et des milliers d’exemplaires ont été vendus (plus de 500 000 ex.), il est considéré comme une « référence obligatoire pour tous les jeunes qui désirent connaître l’histoire récente du Mexique » (Vega, 1991).

Qui sont les participantes au mouvement, que déclarent-elles et que dit-on d’elles ? Dans quelle mesure leur participation a modifié leur propre perception de leur rôle social et politique ainsi que leurs relations avec leur entourage ? Elles sont identifiées selon leur appartenance académique. On compte deux leaders parmi les étudiantes, les seules connues, nommées Tita (Roberta Avendaño Martínez), et Nacha (Ana Ignacia Rodríguez). Elles appartiennent à la Faculté de Droit de la UNAM (Université nationale autonome de Mexico) et elles racontent surtout leur engagement politique ainsi que les conditions de leur détention après le massacre du 2 octobre. Condamnée à 16 ans de prison, Nacha, sous la pression d’Amnesty International, fut amnistiée après deux ans de réclusion.

Même si l’auteure leur accorde un espace privilégié, respectivement 8 et 6 déclarations, d’autres étudiantes prennent la parole, elles proviennent de différentes écoles et universités qui reflètent l’hétérogénéité sociale de la population estudiantine. Le mouvement sera l’occasion de brasser les classes sociales dans une cohabitation nouvelle. Si la majorité des étudiantes qui témoignent viennent de la UNAM (des facultés de Droit, de Sciences, de Sciences politiques, de Lettres et Philosophie), d’autres viennent de la Universidad Iberoamericana, la première accueillant des étudiantes de la petite bourgeoisie tandis que la seconde accueillait des étudiantes des classes sociales plus élevées, les popis, ces jeunes filles des classes aisées, privilégiées, bon chic bon genre, "qui faisaient des études parce que ça faisait bien, mais quand il fallait se battre, elles étaient là, courageuses, elles chargeaient de tracts la voiture de leur papa" (Poniatowska, 1971).

Le mouvement développe un sentiment de solidarité et favorise un décloisonnement social et des rencontres improbables autrement :


 "La mayoría de las niñas que van a Filosofía y Letras pertenecen a la pequeña burguesía... Es gente que nunca ha tenido problemas económicos y estudia una carrera así como podría tomar clases de pintura o de historia del arte. Para ellas la cultura es una monada. Pero durante el Movimiento muchas de las que viven en el Pedregal, en Las Lomas, en Polanco, daban dinero, iban a las manifestaciones, ‘volantearon’ en las calles, y había una gran cantidad de niñas popis y niños popisporque la Facultad de Filosofía y Letras es una de las más popis de la Universidad –que pintaron paredes y jalaron muy parejo. (Carolina Pérez Cicero, estudiante de la Facultad de Filosofía y Letras de la UNAM)" ( Poniatowska, 1971: 96)
"La Ibero, que es la ‘fresiza’9 en su máxima expresión, también hizo pintas, repartió volantes y asistió a las manifestaciones, a pesar de los macanazos. Yo creo que el Movimiento nos hizo mucho bien a todos. (Carolina Pérez Cicero, estudiante de la Facultad de Filosofía y Letras de la UNAM)" (Poniatowska, 1971: 96)
Les étudiantes prennent la parole, dans la rue et à la tribune. Elles sont présentes à tous les niveaux du « Mouvement » (el Movimiento), dans toutes les instances, elles participent à toutes les actions. On reconnaît la « combativité » de ces « milliers » d’étudiantes :
"Las mujeres le dieron al Movimiento muchas de sus características de combatividad. Recuerdo a algunas compañeras: Mirta de la Wilfrido Massieu, Tita y Nacha de Derecho, Bertha de Medicina, Mari Carmen, Evelia, Betty de Ciencias, Consuelito, Marivilia y Adriana de Preparatoria, Marcia, por supuesto, miles más. En verdad, miles más y como grupo las maravillosas muchachas de enfermería del Poli, las de Ciencias Biológicas, las de Medicina de la UNAM, etcétera. (Eduardo Valle Espinoza, Búho, del CNH)"

(Poniatowska, 1971: 93)


Au Conseil national de grève CNH (Consejo Nacional de Huelga), se trouve Tita. Créé le 2 août, le CNH est formé par des étudiants et des professeurs de la UNAM, de l’IPN appelé le poli (Instituto Politécnico Nacional) (ingénierie, architecture, formations techniques), les écoles normales, le Colegio de México, l’Ecole nationale d’agriculture de Chapingo, l’Université ibéro-américaine, La Salle, et quelques autres universités publiques, après les premiers affrontements entre étudiants et forces de l’ordre de la fin du mois de juillet, qui ont conduit aux premières arrestations et aux premiers morts10. Roberta Avendaño Martínez, Tita, est déléguée de la Faculté de Droit de la UNAM. Unanimement appréciée, elle est constamment choisie pour les conférences de presse :
"¿Por qué fui popular en el Movimiento ? Porque decían: ‘Quién va a la conferencia de prensa?’ ‘Tita, Tita, que vaya Tita’. Se hacía por votación y yo salía porque a todos les caía bien. (Roberta Avendaño Martínez, Tita, delegada de la Facultad de Leyes de la UNAM, ante el CNH)" (Poniatowska, 1971 : 67)
Elle est élue pour parler au nom des étudiants. Un étudiant lui écrit le Corrido de la Popular Tita11 qui se chante sur l’air du célèbre corrido de la Révolution, La Adelita (Poniatowska, 1971 : 66) .
corrido de la popular Tita


Popular entre la “grilla”12 era la Tita

La mujer que la UNAM idolatraba

Además de ser valiente era gordita

Y hasta el mismo director la respetaba

Y se oía, que decían aquellos que tanto la querían:
Que si la Tita se fuera de Leyes

Los leguleyos le irían a llorar

Ay mi Tita por Dios te lo pido

Que de Leyes no te vayas a olvidar.




Y si acaso nos truenan a todos

Que con tus chistes nos vayas a calmar

Ay mi Tita, por Dios te lo pido

De los abogados no te vayas a olvidar.


Y si acaso te amuela un granadero

Y si Cueto13 te quiere macanear

No te olvides por Dios mi gordita

Que Derecho no te puede abandonar




Con mucho cariño y respeto para la voluminosa Tita.
Les étudiantes sont présentes dans les brigades (brigadistas), qui sont mixtes ou pas, et qui parfois comptaient dans leurs rangs des collégiennes : "me nombraron jefe de una brigada de dieciséis chavos: diez hombres y seis mujeres: la brigada “Che Guevara”, una brigada a toda madre", témoigne Antonio Careaga García, vendeur de vêtements (Poniatowska, 1971: 31). Se constituent aussi des brigades composées uniquement de femmes, dirigées par une "jefa de brigada" ; elles savaient s’organiser, certaines parlaient aux gens pendant que d’autres distribuaient des tracts (Margarita Isabel, actriz) (Poniatowska, 1971 : 56). De toutes jeunes participaient également, comme "la mini brigada Carlos Marx de la escuela Nacional de Economía, compuesta por una niña y cuatro muchachitas del Colegio Madrid, todas ellas extraordinarias, vivaces, valientes, decididas... (Eduardo Valle Espinoza, Búho, del CNH)" (Poniatowska, 1971: 91).

Lors de collectes publiques, les brigades réunissent des fonds, pour acheter du papier et de l’encre, et uniquement pour cela, contrairement à ce qu’affirmait le gouvernement qui prétendait que les étudiants détenaient des armes, or c’était bien un mouvement pacifique :


"Los brigadistas eran muchachos y muchachas de la base estudiantil que realizaban todo tipo de actividades, desde recolectar dinero hasta hacer mítines relámpago en la calle, en los barrios más alejados, en las colonias proletarias. (Carolina Pérez Cicero, estudiante de la Facultad de Filosofía y Letras de la UNAM)" (Poniatowska, 1971: 16)
"En las colectas públicas que hacían las brigadas se juntaba dinero a montones. Además las escuelas no tenían más gastos que comprar papel y tinta y dar de comer a las brigadas de guardia. (Estrella Sámano, de la Escuela de Ciencias Políticas, de la UNAM)"

(Poniatowska, 1971: 116)


Les "brigadistes" distribuent (volantean) des tracts (volantes) qu’elles composent. Cette activité est très importante puisque les étudiants n’ont pas accès aux médias, qui sont sous contrôle. Elles font preuve d’une grande créativité, tous les dons et toutes les capacités sont utilisés : une actrice, Margarita Isabel, raconte qu’après l’occupation de l’Ecole des Beaux Arts par les granaderos (l’équivalent des CRS), des acteurs du Théâtre des Beaux Arts décident de constituer "una brigada de actores de teatro", elle déclare : "Hay que hacerle publicidad al Movimiento (...) actuando (...) nos soltamos hablando con la gente (...) Hacíamos ‘encuentros’, ¿ves?, happenings".  La brigade crée des jeux de rôle dans la rue, autour des kiosques à journaux, des performances, dans les restaurants, pour provoquer des réactions chez les passants (Poniatowska, 1971 : 30, 99).

Les étudiantes prennent la parole dans les meetings : le 7 septembre, une étudiante s’adresse, pour la première fois, à une foule de 25 000 présents et critique ouvertement le Rapport présidentiel annuel du 1er septembre où le président Gustavo Díaz Ordaz menace les étudiants d’un affrontement inévitable pour arrêter ce mouvement, d’après lui, dangereux pour le pays, d’autant plus que les étudiants ont repoussé la main qu’il leur tendait, lors d’une allocution le 1er août : "Hay que restablecer la paz y la tranquilidad pública. Una mano está tendida: los mexicanos dirán si esa mano se queda tendida en el aire...” El presidente de la República, 1° de agosto de 1968" (Poniatowska, 1971). Elle s’en prend aussi au silence coupable des journalistes qui ont obéi à leur direction en ne réagissant pas face à l’occupation de l’Université par l’armée.


  "En el primer mitin que hicimos en Tlatelolco, el sábado 7 de septiembre, habló una compañera -era la primera vez que hablaba fuera de su escuela- y se refirió frente a veinticinco mil asistentes a una frase de Díaz Ordaz en su informe del 1° de septiembre: ‘... tendré que enfrentarme a quienes tienen una gran capacidad de propaganda, de difusión, de falsía, de perversidad’... La compañera respondió que con todo gusto cambiaría esa gran capacidad que mencionaba Díaz Ordaz por la que el gobierno posee y utiliza’. Sin dudarlo un momento cambiaríamos nuestros megáfonos portátiles por la radio y la televisión nacionales; nuestros mimeógrafos de escuela por las rotativas de los grandes diarios; nuestros botes de lata, (que el pueblo llena de dinero para comprar papel y tinta – y ésas son nuestras armas: el papel y la tinta -) por los recursos económicos del Estado”... También gritó: “¿ Cómo es posible que ciento ochenta periodistas que querían protestar por la invasión a la Universidad y las injurias al rector aceptaran que sus propios diarios rechazaran su protesta hasta como inserción pagada.... (Florencio López Osuna, del CNH)"

(Poniatowska, 1971: 64-65)


Le gouvernement a fait preuve d'une incompréhension totale face au mouvement étudiant auquel il a répondu par une ample répression, évacuant toute possibilité de dialogue qui existe normalement dans tout régime qui se veut démocratique. Pour le chef de l'Etat, Gustavo Díaz Ordaz, la priorité était de rétablir l'ordre au plus vite dans la capitale avant le 12 octobre, jour de l'ouverture des Jeux Olympiques.
"¿Cómo es posible que el gobierno considerara un “gravísimo peligro” a un puñado de muchachos y muchachas? Resulta ridículo sobre todo si se sabe que el gobierno cuenta con un aparato de represión poderosísimo y ejerce un control casi absoluto sobre los medios de comunicación. (Ernestina Rojo González, de la Facultad de Leyes de la UNAM)"

(Poniatowska, 1971:143)


La rue, les brigades, les manifestations, les meetings sont autant de lieux d’apprentissage de la démocratie concrétisée dans les élections de déléguées, la prise de parole en public, les campagnes dans la rue pour sensibiliser la population. Ces manifestations se déroulent dans une ambiance de kermesse, de fête, de liberté, d’irrévérence joyeuse face aux institutions. Le jour de la fête de l’indépendance, le 15 septembre, sur l’esplanade de la Cité universitaire, il règne en effet une ambiance de kermesse, "había puestos de fritangas, de aguas frescas, confetti, serpentinas ; parecía kermesse, se vendían flores, sombreritos de cartón, y se celebraban 'matrimonios' […] ¡Eran casorios de a mentiritas !  (Cuca Barrón de Narváez, estudiante de la Facultad de Medicina de la UNAM)" (Poniatowska, 1971: 77), ce qui les autorités leur reprocheront ensuite.

Le Mouvement et les démonstrations d’un esprit démocratique ont eu des répercussions sur les étudiantes, non seulement sur elles-mêmes mais aussi sur leur entourage. Les normes, les valeurs sociales sont remises en question : l’objectif premier était de changer les règles du jeu politique mais en même temps il se produisait un changement sur le plan social, un changement des règles, inévitable, le Mouvement produisant précisément de nouvelles formes de vie au quotidien, des situations d’extrême intensité et aussi de danger, dans les débats, dans les manifestations, dans la rue, comme le déclare cette étudiante :


"A nivel personal, el problema político repercutió directamente en cada uno de nosotros. Hubo hijas que se pelearon con sus padres; se desbarataron matrimonios pero también surgieron otros; se puso en tela de juicio toda la vida anterior y cada quien adquirió una nueva perspectiva, una nueva manera de enfrentarse a la vida. (Carolina Pérez Cicero, estudiante de la Facultad de Filosofía y Letras de la UNAM)"

(Poniatowska, 1971 : 96)


Leur plus grande participation à la vie sociale, leur engagement politique entraînent une rupture avec des modèles de comportements. Elles rompent avec la différenciation sexiste des activités : elles développent la prise de parole, en public et dans la rue, leur capacité de communiquer, dans une nouvelle relation avec l’autre, avec les autres, le petit ami, le copain, les parents, on assiste à une subversion des normes sociales et des rôles traditionnels selon les sexes. "La participation des jeunes femmes étudiantes aux actions du mouvement défiait l’autorité patriarcale et le monopole des jeunes mâles de la UNAM sur la rhétorique révolutionnaire." (Artières, 2008 : 297)

Elles brisent les carcans et les interdits, l’éveil politique est doublé d’un éveil sexuel, les tabous tombent. L’amitié entre les garçons et les filles est un pas vers l’égalité : dans le Mouvement, el compañero et la compañera sont sur le même pied d’égalité.


"Cada quien abandonó su ostracismo, olvidó sus problemas personales y se dio un ambiente muy padre de mucho compañerismo; todos se trataban como hermanos. (Carolina Pérez Cicero)" (Poniatowska, 1971 : 57)
"Todas ellas se han ganado, a base de valor y compañerismo, un lugar preponderante en el Movimiento... (Eduardo Valle Espinoza, Búho, del CNH )" (Poniatowska, 1971: 94)
Participer au Mouvement, c’est aussi faire l’expérience du sexisme et de la lutte contre le sexisme: Eduardo Valle Espinoza, Búho, membre du CNH, raconte comment les filles ont protesté quand il n’a pas voulu qu’elles participent à une intervention dans un lycée : "Sólo vamos a ir hombres" : "Indignadas, me contestaron que el Che admitía mujeres en la guerrilla y que me fuera inmediatamente al diablo. (Eduardo Valle Espinoza, Búho, del CNH)" (Poniatowska, 1971: 94). Il s’agit d’en finir avec le machisme : "No lloremos como mujeres lo que no supimos defender como hombres", déclare Eduardo Valle Espinoza, Búho, du CNH, dans un discours lors de la grande marche silencieuse du 13 septembre, ce qu’il regrettera face aux vives réactions des “brigadas de muchachas” qui l’attendaient ensuite de pied ferme (Poniatowska, 1971 : 94).

La sexualité, l’amour, prennent une autre dimension : on brûle les étapes traditionnellement admises pour avoir des relations sexuelles, dans des moments d’une extrême intensité où la vie est en jeu, le compagnon peut être arrêté, voire tué, disparaître brutalement, à jamais.


"Y otra cosa de sumarísima importancia. Creo que antes no habría podido amar a mi novia como ahora la amo. Es muy bonito, no sé por qué, pero el caso es que así lo siento. (Félix Lucio Hernández Gamundi, del CNH)" (Poniatowska, 1971 : 157)
Au moment de la fusillade sur l’esplanade de Tlatelolco, une étudiante raconte :
"Los dos estábamos empapados por la lluvia y porque nos tiramos el suelo tantas veces en el agua, y sin embargo yo sentía su brazo cálido sobre mis hombros. Entonces por primera vez que andamos juntos le dije que sí, que cuando nos dejaran salir los soldados que me llevara con él, que al cabo y al fin, nos íbamos a morir, sí, tarde o temprano, y que yo quería vivir, y que ahora sí, le decía que sí, sí, sí quiero, sí, lo que tú quieras, yo también quiero, sí, sí, ahora soy la que quiero, sí... (María del Carmen Rodríguez, estudiante de Letras Españolas en la Universidad Iberoamericana)"

(Poniatowska, 1971 : 226)


Au sein des familles, naissent des conflits, deux générations s’affrontent, se heurtent : certaines familles, les mères surtout, approuvent l’attitude de leur filles, mais d’autres les désapprouvent. La déclaration de ce sociologue permet de mesurer le chemin parcouru par les étudiantes par rapport à leurs mères : "Ninguna mujer de la clase media se atreve a retar a la institución mínima: la de su familia. Entonces, ¿cómo va a retar a las grandes instituciones? (Elías Padilla Ruvalcaba, sociólogo)" (Poniatowska, 1971 : 95). Les étudiantes remettent en question l’autorité du père, plus largement la famille patriarcale ; elles font l’expérience de nouvelles libertés, elles sortent, elles sont dans la rue, elles s’habillent à leur guise, c’est la mode de la minijupe ; elles font l’expérience de la mixité. Le conflit de génération va de pair avec un manque de communication que traduisent ces déclarations :
"Mis 'rucos ' consideran que sus principios son inmutables."

(Gabriela Peña Valle, étudiante : 23)


"Mis viejos son unos asnos solemnes, y mis maestros también."

(Vera Pomar Bermúdez, étudiante : 25)


"En los únicos momentos en que me llevo bien con mis papás es cuando vamos al cine, porque entonces nadie habla." (Victoria Garfias Madrigal, étudiante : 25)
"Ni siquiera entre sí hablan mis papás. En mi casa no se usa platicar. ¿Por que habían de hablar con nosotros?"

(Hermelinda Suárez Vergara, del salón de belleza Esperanza, employée : 26)


Parents et enfants ne partagent plus les mêmes valeurs. Les objets de vénération changent, à chacune sa liberté : on remplace l’image sainte, ("del Santo") par le portrait du Che, respectivement vénérée par la mère et la fille, ce qui donne le dialogue suivant :
"-¡Ay qué cosa tan horrible, ese hombre tan sucio, cómo tienes a ese hombre tan sucio en el lugar de los santos... Hija, cámbialo, cámbialo...

-Mira mamá yo no me meto con tus santitos que tienes en tu cabecera y... tienen... unas caras horribles tus santitos. Yo no me meto con ellos. Te suplico que tú respetes a mi santito...

-Mi mamá no es ningún monstruo, mi mamá es el símbolo de la mayoría de las mamás de la clase media, desgraciadamente..." (Margarita Isabel : 88)
La minijupe14 constitue une autre pomme de discorde entre parents et filles ; cette nouvelle mode symbolise une nouvelle façon d’être, plus libre dans son corps, ce qui choque certaines :
"¿Por qué andas tan rabona? Además, no sabes sentarte. Yo me moriría antes que usar una falda así" (Mercedes Fernández de Cervantes, madre de familia : 23)
"¡Ciento ciencuenta pesos por esa falda! ¡Pero si no tiene ni treinta centímetros de largo!" (Elsa Treviño de Zozaya, madre de familia : 23)
"-¿Por qué no mejor sales en cueros?"

(Sofía Arrechiga de Toscano, madre de familia : 24)


D’autres y voient la source de tous les maux, la minijupe est l’objet du délit : “ Todo es culpa de la minifalda”, affirme un employé des Postes, Leopoldo García Trejo, (Poniatowska, 1971 : 86).
"Montrer ses jambes et son corps est sans aucun doute un moyen d’exprimer un désir de liberté. […] Certaines y ont vu (dans la minijupe) une soumission aux désirs masculins d’un corps féminin toujours plus dévoilé, d’autres y ont vu au contraire un pas vers une autodétermination de l’érotisme de son propre corps : dévoiler non pour aguicher mais pour reprendre possession de son propre corps." (Nowinski, 2008 : 74)
On trouve aussi des mères heureuses, ravies de voir leurs filles dans le Mouvement : par procuration, elles font aussi leur révolution. Elles rejettent leur éducation, entourée d’hypocrisie. Elles instaurent une autre relation, de confiance cette fois, avec leurs filles, qui elles-mêmes ont une nouvelle façon d’être avec les garçons.
"A mí me encanta la juventud de hoy, su moda, sus canciones, su libertad, su falta de hipocrisía, su manera de enfrentarse al amor y de vivirlo. Prefiero a los Beatles que a Beethoven. [...] Yo viví sentada en el blanco diván de tul de Agustín Lara, con mi pie chiquito como un alfiletero descansando en un cojinete; me cantaban, “Mujer, mujer divina’15 y el hastío era pavorreal que se aburría de luz por la tarde. [...] (Luz Fernanda Carmona Ochoa, madre de familia)" (Poniatowska, 1971 : 25)
"Nosotras éramos unas mosquitas muertas, unas “quiero y no puedo”; cuando nos gustaba un muchacho fingíamos que no; la vida transcurría entre zozobras, recaditos, correveidiles, puntapiés debajo de la mesa, sainetes, “No metas la pata” y componendas de a tres por cinco. Todo lo hacíamos a escondidas y yo tengo la sensación de haber vivido así, a escondidas; logrando lo que deseaba a hurtadillas como cuando niña robaba la mermelada de la alacena de las conservas y cerraba bruscamente el armario con el terror de que alguien me hubiera visto... Por eso me gusta la vida de los jóvenes; prefiero mil veces la vida de mi hija a la que yo llevé. Sé que mi hija no me dice mentiras. (Yvonne Huitrón de Gutiérrez, madre de familia)" (Poniatowska, 1971: 25-26)
Pendant le Mouvement, des mères de famille participent activement en aidant les étudiants : "Había además una organización de padres de familia y de vecinos que apoyaban decididamente a los muchachos [...], los vecinos de Tlatelolco o las madres de todos estos muchachos" (Poniatowska, 19 71 : 78). Elles réconfortent les jeunes lors des meetings ou en préparant des coktails molotov. Pendant le meeting du 21 septembre, dans l’Unité Tlatelolco, des affrontements ont lieu, et “las señoras seguían calentando agua en sus estufas y buscando botellas de refresco para llenarlas con cualquier líquido inflamable y arrojarlas junto con piedras, botes, latas, trozos de madera, ladrillos, basura. (Félix Lucio Hernández Gamundi) » (Poniatowska, 1971 : 77). Elles participent donc aux actions, avec les moyens du bord, parfois surprenants, en donnant des bas pour faire des lance-pierres, pour que les étudiants puissent, le 23 septembre, se défendre face aux forces de l’ordre, aux granaderos : "Las señoras de la Unidad nos llevaron medias para hacer hondas". “En la Vocacional, muchas señoras de la unidad, nos hicieron comida a todos. (Antonio Careaga, vendedor de ropa)" (Poniatowska, 1971 : 91).
La participation des étudiantes au Mouvement leur donne l’occasion d’exercer pleinement leurs droits politiques, d’expression, d’association, de réunion, reconnus par la Constitution mais bafoués par le gouvernement qui utilise la force. Elle traduit non seulement un intérêt pour la politique mais aussi le droit de faire de la politique, d’entrer dans un domaine jusque là peu partagé. Etudiants et étudiantes luttaient pour la même chose : la démocratie, les libertés fondamentales, le respect des droits constitutionnels. Cependant le Mouvement ne suscita pas une adhésion massive du pays :
"les étudiants de Mexico ne convainquirent personne de suivre leur exemple et ils ne purent compter, publiquement, que sur le soutien de leurs professeurs et des intellectuels de gauche. […] Pas de solidarité syndicale ou partisane, pas de grève ouvrière, aucun relais à l’étranger, dénigrement dans les médias, sans parler de l’intransigeance gouvernementale. L’isolement politique complet dont fut victime le mouvement estudiantin contraste singulièrement avec la centralité qu’il a acquise dans la mémoire nationale, où 68 est une date clé et symbole de l’histoire mexicaine contemporaine." (Artières, 2008 : 293)
Le Mouvement comprenait deux composantes, une sociale et une autre politique. Sur le plan politique, rien ne changea apparemment ; le Mouvement fut un échec, le système politique, monolithique, avait encore de beaux jours devant lui, le PRI, surnommé dans la presse prinausorio, n’ayant perdu les élections présidentielles qu’en l’an 2000. Cependant, l'arrivée de Luis Echeverría Alvarez au pouvoir en 1970 annonçait des changements politiques. Le nouveau président se voulait l'homme de la libéralisation, des réformes sociales, de l' "ouverture démocratique", avec notamment une plus grande liberté d'expression dans la presse. Une des préoccupations de ce gouvernement fut de redorer son image à l'étranger, contraire à celle qui présentait le Mexique comme un pays sous-développé, appartenant aux pays du Tiers-Monde, avec des pratiques dignes d’une dictature dénoncées dans la presse internationale par leurs correspondantes : Claude Kiejman (Le Monde), Oriana Fallaci (L'Europeo), qui fut blessée, ont témoigné dans La Noche de Tlatelolco.

Après le massacre du 2 octobre, le pays fut pris de stupeur et aucune manifestation n’eut lieu jusqu’en 1971. Malgré l’annonce du nouveau président qui promettait plus de démocratie, le 10 juin 1971, une marche à l’initiative de la gauche, en mémoire des événements sanglants de 1968, fut réprimée sauvagement par un groupe paramilitaire (los halcones) organisé par le gouvernement, qui agressa le défilé et tuant une trentaine d'étudiants. Ce massacre est connu sous le nom de Halconazo. Le PRI conserva la majorité jusqu’en 1994, mais l’opposition de la population se cessait de se traduire par un fort taux d’abstention, notamment dans les villes, la crise de 1968 fut un signal : aux élections de 1976, on releva 45% d’abstention pour élire le candidat priiste José López Portillo. Une prise de conscience politique s’était forgée durant le Mouvement :


  "… vino el golpe brutal del 2 de octure y hubo un sentimiento tremendo de impotencia, de fracaso. Pero el saldo del Movimiento, con todo y los muertos, la barbarie y el terror, es positivo porque la gente ha empezado a vivir sabiendo que todo es político, y, aunque las condiciones no permiten una actividad política abierta, hay muchos que trabajan. (Carolina Pérez Cicero, de Filosofía y Letras de la UNAM)" (Poniatowska, 1971 : 93)
"El Movimiento politizó a mucha gente (Carolina Pérez Cicero, estudiante de la Facultad de Filosofía y Letras de la UNAM)" (Poniatowska, 1971 : 96)
Sur le plan social et dans la perspective des mouvements sociaux, le bilan est plus positif ; en participant au Mouvement, les femmes s’y sont forgé une conscience sociale et politique qui conduira à une remise en cause des relations entre les sexes, fondement du mouvement féministe des années 70. Cette double constatation a été aussi le fait des autres mouvements étudiants, comme en France par exemple : la révolution n’a pas eu lieu sur le plan politique mais sur le plan culturel et social. Le mouvement féministe mexicain s’est nourri de ces expériences, comme le déclare A. Tirado Villegas :
"Regresando a la presencia de las mujeres en el movimiento, es innegable lo positivo de su incursión, en términos de su autonomía y de su conciencia de sí o para sí. El mismo movimiento feminista en México recupera de estas experiencias, pues muchas de las mujeres organizadas tiempo después abrevaron una experiencia y práctica política en este movimiento". (Tirado Villegas, 2003)
Dans leurs pratiques, les étudiantes ébauchaient en effet les thèses féministes qui fleuriront quelques années plus tard avec la remise en question de la famille patriarcale, des espaces sexués, soit le privé pour les femmes et le public pour les hommes, la revendication du droit pour les femmes à disposer de leur corps, et "la prise de parole" dans la constitution à venir des premiers groupes féministes, radicaux, non mixtes. C'est à ce moment-là, en 1970, qu'apparaît au Mexique le mouvement féministe, dans sa seconde vague16, pendant cette période de prétendue ouverture du système, qui privilégie donc l'expression de groupes contestataires et de nouveaux courants d'opinion. Enfin, les étudiantes continuaient à écrire l’histoire au féminin : la question de la visibilité des femmes dans l’histoire ne cesse d’être posée et étudiée.
Nathalie Ludec

Université Paris 8


Bibliographie
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Articles de presse :

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poniatowska Elena, “Tlatelolco para Universitarios », La Jornada, 25 de octubre de 2007.

Vega Patricia, "Se puede decir que en México no hay censura... hasta que te matan: Poniatowska celebra 20 años la primera edición de la noche de Tlatelolco", La Jornada (México), Cultura, 27 de agosto, 1991.

1 Luisa, Facultad de Ciencias Políticas in VVAA, 1993: 98.

2 ávila, El País, 7/07/2002 et Poniatowska, La Jornada,25/10/2007.

3 Centro Cultural de Tlatelolco, Ricardo Flores Magon 1. Métro: Tlatelolco.

Site internet officiel: http://www.tlatelolco.unam.mx/pages/centro.html

v. Procesofoto: http://www.procesofoto.com.mx/search.html?pg=1&qry=memorial%20Tlatelolco


4 Son discours peut être lu à l’adresse suivante : http://www.rebelion.org/noticia.php?id=58090. Par ailleurs, les articles de La Jornada sont disponibles sur son site, voir par exemple l’article et les photos de l’édition du 2 octobre 2002 : http://www.jornada.unam.mx/2002/10/02/per-oct.html

5 Les auteurs mexicains comme Luis González de Alba, Carlos Monsiváis, Gustavo Hirales, Carlos Fuentes, Octavio Paz, entre autres ont réécrit le mouvement étudiant. à l’écran également, à côté du documentaire de Leobardo López Aretche, El Grito (1968-120 mn) , citons aussi les films de Felipe Cazals El Apando (1975-83 mn – l’histoire se passe dans la prison de Lecumberri, aujourd’hui fermée), et Canoa (1975), Rojo Amanecer, de Jorge Fons (1989 -96 mn) ainsi que le documentaire produit par Canal6, Operación Galeana La historia inédita del 2 de octubre de 1968 (2000).

6 Dans l’argot mexicain, les vieux.

7 http://www.jornada.unam.mx/2002/07/22/009n1pol.php?origen=politica.html

8 http://www.nodo50.org/pchiapas/chiapas/documentos/despertador/mujer.htm

9 fresa : (sust./adj. Invariable en género) persona adinerada de clase alta (o que aparenta serlo), que generalmente desdeña las clases sociales más bajas.

10 Lire une analyse chronologique du mouvement étudiant dans Lafaye, 1988, en ligne :

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mat_0769-3206_1988_num_11_1_403828

En espagnol : Cronología del movimiento estudiantil de 1968

 http://redescolar.ilce.edu.mx/redescolar/act_permanentes/historia/html/mov68/cronologia.htm


11 Composition musicale populaire qui célèbre des faits divers ou événements historiques .

12 grilla : (f.) grupo que se mueve para obtener un cambio (a menudo con métodos poco ortodoxos).

13 Luis Cueto Ramírez fut le chef de la police de Mexico durant une grande partie du régime de Gustavo Díaz Ordaz. Il fut l'un des responsables de la répression des étudiants. Dans la pétition en six points adressée au gouvernement de Díaz Ordaz en 1968, le premier exigeait la destitution des chefs de la police, Luis Cueto Ramírez et Raúl Mendiolea Cerecero.

14 Créée par la modéliste anglaise Mary Quant et ensuite reprise par André Courrèges, la minijupe a été aussi mise en chanson par J. Dutronc, Mini, mini, mini.

15

Mujer, mujer divina

tienes el veneno que fascina en tu mirar.

Mujer alabastrina,

tienes vibración de sonatina pasional,

tienes el perfume de un naranjo en flor,

el altivo porte de una majestad.

Sabes de los filtros que hay en el amor,

tienes el hechizo de la liviandad,

La divina magia de un atardecer,

y la maravilla de la inspiración

tienes en el ritmo de tu ser,

todo el palpitar de una canción.

Eres la razón de mi existir, mujer.



A.Lara : Tlacotalpán, México, 1897-Ciudad de México, 1970. Conocido como el Flaco de Oro.

16 Nommé aussi néo-féminisme, la seconde vague est chargée de l’héritage des luttes féministes du XIXe siècle, à caractère économique et juridique, à une période où les femmes auront accès à l’éducation.




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